Depuis que nous avons posé des spots encastrés dans le salon, j’ai commencé à m’intéresser à la domotique légère — celle qui simplifie vraiment le quotidien sans transformer la maison en console de jeu. Notre maison de 1970 n’était pas câblée pour ça, mais avec quelques ajustements bien pensés, on a installé une commande centralisée pour l’éclairage du rez-de-chaussée. Voici comment on a procédé, ce qui a fonctionné et ce qu’on referait autrement.
Le point de départ : trop d’interrupteurs, pas assez de logique
Avant les travaux, le salon-cuisine-couloir formait un seul circuit commandé par cinq interrupteurs différents, chacun placé à un bout de la pièce. Claire devait traverser la cuisine pour éteindre la lumière du couloir avant d’aller se coucher. Pas dramatique, mais irritant chaque soir. Et avec deux enfants qui laissent systématiquement les lumières allumées, la facture électrique s’en ressentait.
Mon premier réflexe a été de regarder les micromodules à insérer derrière les interrupteurs existants. L’avantage : on garde les interrupteurs mécaniques, la NF C 15-100 est respectée, et il n’y a pas besoin de refaire le tableau. L’inconvénient : il faut de la place dans les boîtiers, et les vieux boîtiers ronds des années 70 sont souvent trop étroits.
Choix du protocole : Zigbee plutôt que Wi-Fi
J’ai longuement hésité entre le Wi-Fi direct (facile à installer, mais dépendant du cloud du fabricant) et le Zigbee (nécessite un hub, mais fonctionne en local même sans internet). On a finalement opté pour le Zigbee avec un hub Conbee II branché sur un Raspberry Pi qu’on avait déjà dans un tiroir.
La raison principale : si le fabricant ferme son service cloud dans cinq ans — ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit — les appareils Zigbee continuent à fonctionner avec n’importe quel hub compatible. On a mauvais souvenir d’une prise connectée Wi-Fi dont le fabricant a arrêté l’application en 2023 : elle est devenue inutilisable du jour au lendemain.
Pour les ampoules, on est partis sur des Ikea Tradfri, reconnues immédiatement par Zigbee2MQTT. Pour les interrupteurs muraux sans fil, des Sonoff SNZB-01 — des petits modules qui fonctionnent sur pile et se collent n’importe où sans câblage.
L’installation pas à pas
Première étape : remplacer les ampoules existantes par des ampoules Zigbee compatibles. Pas besoin d’un électricien pour ça, et ça permet de tester le hub sans toucher à l’installation électrique. On a commencé par le salon : six spots GU10 remplacés en une demi-heure.
Deuxième étape : configurer Zigbee2MQTT sur le Raspberry Pi. La documentation est bien faite, mais il faut prévoir une heure pour l’installation initiale, notamment si on n’est pas habitué à Linux. J’ai suivi le tutoriel officiel sans raccourci, en particulier pour la configuration SSL — on ne laisse pas un serveur local accessible sans authentification.
Troisième étape : appairage des appareils. Le Conbee II repère les ampoules automatiquement en mode appairage. Les interrupteurs sans fil Sonoff ont pris deux minutes chacun : appui long sur le bouton, inclusion immédiate dans Zigbee2MQTT.
Quatrième étape : les automatisations. On utilise Home Assistant pour créer les scènes. « Bonsoir » éteint tout sauf la veilleuse du couloir à 22h si les enfants sont censés dormir. « Cinéma » baisse les spots salon à 20% et laisse le reste éteint. « Réveil doux » monte progressivement la lumière de la cuisine à partir de 7h les jours de semaine.
Ce qui a coincé
Deux problèmes principaux pendant l’installation. D’abord, les ampoules Zigbee perdent leur état quand on les éteint via un interrupteur mécanique traditionnel : elles reprennent à pleine puissance au rallumage, ignorant les réglages de l’application. Solution : soit on n’utilise que les commandes logicielles pour éteindre, soit on remplace les interrupteurs par des variateurs Zigbee. On a choisi la deuxième option pour le salon, en remplacement à l’identique — les boîtiers étaient assez grands.
Deuxième problème : les interrupteurs sans fil Sonoff ne fonctionnent pas bien avec les ampoules directement (association directe) — la latence est perceptible. Passer par Home Assistant comme intermédiaire règle le problème : la commande passe par le hub, la réponse est instantanée. Ce contre-intuitif m’a pris du temps à comprendre.
Ce qu’on referait autrement
On aurait dû commencer par une seule pièce et prendre le temps de bien configurer les automatisations avant de passer à la suivante. On a voulu tout câbler en un week-end et on a passé les deux semaines suivantes à corriger des scènes mal configurées. La domotique, c’est un projet qui se construit par couches successives, pas en une seule session.
On aurait aussi dû choisir des ampoules d’une seule marque pour commencer. Les différences de rendu colorimétrique entre les Tradfri et les Innr qu’on a ajoutées plus tard sont visibles à l’œil nu — les blancs ne sont pas exactement les mêmes. Ce n’est pas dramatique, mais ça agace Claire dans les pièces où les deux marques cohabitent.
Budget réel du projet
Pour être honnête sur les coûts, voilà ce qu’on a dépensé pour le rez-de-chaussée (salon, cuisine, couloir, soit 14 points lumineux) :
- Conbee II : 39 €
- Raspberry Pi 4 (occasion) : 45 €
- 14 ampoules GU10 Ikea Tradfri : 98 € (7 € pièce en lot)
- 4 interrupteurs Zigbee Sonoff SNZB-01 : 32 €
- 2 variateurs muraux Zigbee : 54 €
- Total : environ 270 €
Honnêtement, c’est plus cher qu’une installation Wi-Fi basique, et il faut accepter une courbe d’apprentissage plus longue. Mais on ne dépend d’aucun service cloud, tout fonctionne en local même sans internet, et on peut ajouter n’importe quel appareil Zigbee compatible sans être lié à un écosystème propriétaire. Pour une maison qu’on habite depuis dix ans et qu’on compte conserver, ce calcul tient.
La domotique par petites touches, ça change vraiment les habitudes du soir — les enfants ont arrêté de laisser les lumières allumées parce que les automatisations s’en chargent à leur place. Et Claire ne traverse plus la cuisine à minuit pour éteindre le couloir. Pour ça, les 270 € valaient le coup.